vendredi 28 décembre 2007

Cameroun : La Fifa et le refus des ingérences

A la lecture de cette nouvelle lettre de la Fifa, les extrémistes d'un camp comme de l'autre ne manqueront pas de ressortir leurs vieux arguments : le paravent de la souveraineté nationale d'un côté, le parapluie de l'autonomie des fédérations de l'autre.

Mais ils oublieront peut-être de rappeler que rien n'est nouveau sous le soleil des relations entre la Fécafoot et le ministère en charge des Sports, ainsi que entre la Fifa et le Cameroun. Où l'on se rend compte qu'à la fin, la Fifa, absolument réfractaire à toute immixtion du politique dans la gestion du football, a toujours raison.

En mai 1994, le Premier ministre Simon Achidi Achu avait désavoué le ministre de la Jeunesse et des Sports Bernard Massoua II, lequel avait suspendu le bureau de la Fécafoot dirigé par Maha Daher, en envoyant ce télex au président de la Fifa afin d'éviter la suspension du Cameroun alors en route pour la Coupe du monde Usa 94: "J'ai l'honneur, tout en démentant toute ingérence politique dans la conduite des affaires de la Fécafoot, de rassurer la Fifa que le gouvernement ne s'est pas immiscé et ne s'immiscera jamais dans la gestion des affaires de cet organisme".

Le gouvernement tenait visiblement à cette fameuse World Cup 94, puisqu'il y enverra par la suite pas moins de quatre ministres en mission… Pour la petite histoire, lors du tirage au sort de cette compétition effectué en décembre 1993, le président de la Fifa d'alors, Joao Havelange avait menacé de retirer l'organisation du Mondial 94 aux Etats-Unis si le gouvernement de Bill Clinton persiste à vouloir inviter à la cérémonie le roi Pelé. Les autorités de l'Etat le plus puissant de la terre cédèrent à cet oukase du boss du foot mondial.

Plus proche de nous encore, le Cameroun a essuyé une deuxième suspension de la Fifa le 4 janvier 1999, à la suite de la dissolution des organes dirigeants de la Fécafoot par le ministre Joseph Owona le 30 novembre 1998. La suspension ne dura que trois jours, le Premier ministre Peter Mafany Musonge ayant à son tour pris sa plume pour signifier au président de la Fifa, Sepp Blatter, que le gouvernement camerounais approuvait "sans réserve" le plan d'action défini par la mission Fifa/Caf qui avait séjourné au Cameroun fin 1998 pour régler une énième crise de la Fécafoot, et qui avait créé une Cellule exécutive provisoire de 12 membres dont 4 représentants du ministère des Sports, mais dirigée par l'actuel président de la Fécafoot Mohammed Iya.

Indiscipline

Le dernier contact formel entre le gouvernement camerounais et la Fifa, au sujet de la Fécafoot, remonte à mai 2004, quand le ministre Siegfried David Etame Massoma avait demandé la relecture des statuts de la Fécafoot. La Fifa accepta cette proposition et présida même à son siège à Zurich, la réunion tripartite Fifa-Minjes-Fécafoot qui adopta les nouveaux textes de la Fédération. Mais elle ne céda pas un iota sur son sacro-saint principe de non ingérence dans les affaires de l'organisation du football, puisqu'à la même période, le 2 juin 2004, elle suspendait la Fédération kényane de football pour ingérence du gouvernement dans ses affaires.

Le Cameroun aurait pu faire l'économie de la nouvelle crise Minsep-Fécafoot, pour peu que chaque partie ait simplement respecté les procédures. La Fécafoot sait bien que, chez nous, l'équipe nationale de football est jusque là une affaire d'Etat. Au lieu de faire un gros bluff sur la procédure d'appel à candidatures, le gouvernement aurait pu choisir depuis longtemps le sélectionneur des Lions indomptables et en informer la Fécafoot. Par ailleurs, chacun sait que l'homologation des matches des compétitions nationales, la désignation des officiels de matches et la sanction des joueurs relèvent de la fédération ; nous sommes loin de penser que la Fécafoot aurait rechigné à suspendre deux joueurs coupables d'indiscipline caractérisée. A elle maintenant de savoir, dans sa réponse à la demande d'explication servie par la Fifa, sauver ce qui peut encore l'être et sauver de la sorte la participation du Cameroun à la Can qui débute le 20 janvier 2008 à Accra. Quant à Bamboutos Fc qui a assigné la Fécafoot dans une juridiction civile, il poursuit simplement son saut suicidaire qui devrait le précipiter dans une conséquente radiation, suivant les textes qui régissent le football.

Source : Quotien Mutations

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